Vigneux et les gilets jaunes : entre appel au dialogue et refus de permettre le débat ?!


Contrairement à ce qu'on a pu observer dans d'autres départements ou petites villes de province, peu de gilets jaunes sont visibles sous les pare-brises des voitures vigneusiennes. Certains se fendent même parfois de la plaisanterie qu'en banlieue, c'est seulement sous ceux des voitures les plus luxueuses qu'il faut chercher... Serait-ce une fausse perception ?


Dans une ville où, comme en août 2018 ou septembre 2017, la jeunesse est souvent descendue dans la rue entendant dénoncer des violences policières, les accusations de bavures et le soutien au boxeur gilet jaune Christophe Dettinger ont très largement été partagés sur les réseaux sociaux. Les images des casseurs, violences envers la presse... l'ont peut-être été un peu moins. Mais, cela vaut-il un soutien construit et appuyé à des revendications claires, comme on l'a connu dans des mouvements sociaux plus traditionnels ?


Si des rassemblements de quelques gilets jaunes aux abords de la zone d'affaires du Réveil Matin ont eu lieu, ce 23 février notamment, des ateliers débats ont aussi été initiés par des marcheurs à Brunoy le 9 février, à Montgeron le 15 février, à Draveil le 20 février, à Crosne le 21 février. Des gilets jaunes étaient parfois présents. Le dialogue a à chaque fois été tenté malgré des tendances à la monopolisation de la parole. La volonté de vouloir oratoirement en découdre sans écoute était palpable. Ce fut particulièrement le cas lors d'un débat sur l'Europe le 22 février à Juvisy. Mais, vous l'aurez remarqué : une ville manque à cette liste. Vigneux !


Grand Débat à l'initiative de Marie Guévenoux le 20 février dernier au théâtre Cardwell à Draveil

En effet, si parmi les responsables politiques locaux, on note que Thomas Chazal (LR) et Nicole Poinsot (LR) ont signé avec une majorité des élus de l'Essonne un appel au calme et au dialogue dès décembre, la plupart des maires de notre circonscription n'ont pas voulu s'inscrire dans la démarche du Grand Débat. Il ont mis à disposition des cahiers d'idées/doléances mais ont refusé d'organiser des Grands Débats. Ils ont parfois même refusé de mettre à disposition des salles comme ils le font pour d'autres formations politiques. Ce fut le cas à Vigneux : le cabinet du maire a tout simplement fait barrage à un débat sur les questions européennes animé par Schams El Ghoneimi, ex conseiller Brexit au Parlement européen, ce 22 février. Il a donc eu lieu à Juvisy.


Le positionnement de la majorité municipale formée de républicains mais aussi de personnalités historiquement proches de Nicolas Dupont-Aignan est d'ailleurs assez ambivalent. Il est ainsi assez étonnant de constater les publications pro gilets jaunes sur les murs Facebook et Google+ de Bachir Chekini : un conseiller municipal délégué à la sécurité publique allant jusqu'à accuser la France d'être une dictature ?! Le mot du maire dans le magazine municipal de février accusant l'Etat "d'avoir snobé les maires" et d'avoir créé "les conditions de l'asphyxie financière" des communes est en lui-même très ambigu, nous obligeant, pour la deuxième fois, à évoquer dans un article quelques contre-vérités...


La gauche vigneusienne, marquée par de nombreux courants souvent restés ou redevenus très critiques envers la majorité nationale a pour partie soutenu, ne serait-ce que momentanément, le mouvement. Les plus modérés sont cependant restés discrets du fait des violences, actes discriminatoires, de la désinformation allant jusqu'au complotisme progressivement constatés.


Dans un contexte local où la bipolarisation de la vie politique ose les alliances ou la proximité avec les extrêmes, les tentatives de récupération du mouvement sont nombreuses. A l'image d'autres personnalités de la droite dite extrême ou dure, Nicolas Dupont-Aignan avait fait polémique le 1er décembre avec un rassemblement de militants DLF en gilets jaunes au CEC de Yerres. Si la France Insoumise est elle-aussi connue pour avoir localement participé aux manifestations des gilets jaunes, c'est le PCF vigneusien qui distribuait à la gare ce 26 février un tract pour les élections européennes où figurait aussi de prétendus gilets jaunes.


Cette stratégie sera-t-elle gagnante alors que, suite au mouvement des gilets jaunes, une alliance encore plus large qu'aux présidentielles s'annonce autour de La République En Marche bénéficiant désormais du soutien des radicaux sociaux et libéraux, de Jean-Pierre Raffarin, des jupéistes, de personnalités venues d'Agir! et de différents partis écologistes centristes ? Les gilets jaunes auront-ils amplifié un contexte local propice aux courants extrêmes ou renforcé et émancipé les courants modérés dits "progressistes" ? L'élection européenne qui se profile sera un important baromètre d'opinion. Pourrait-elle bousculer l'offre politique traditionnelle aux municipales ?


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